« Entre l’afroféminisme et le féminisme panafricaniste », notre communication pour le Colloque international « Théoriser en féminisme »

Le collectif afroféministe Sawtche a présenté une communication dans le cadre du Colloque international « Théoriser en féminisme »  qui s’est déroulé à l’IEP de Lyon le 26 avril dernier. Notre intervention était en lien avec le thème de l’atelier qui s’intitulait « Théorie et militantisme ».

Voici l’audio de notre intervention « Entre l’afroféminisme et le féminisme panafricaniste ».

Vous pouvez également visualiser l’intervention de la militante afroféministe et panafricaine Many Chroniques qui a animé la conférence plénière dans le cadre du même atelier, accompagnée par la discutante Rose Ndengue. Voici sa communication intitulée « Entre théories et pratiques, l’enjeu d’un afroféminisme pragmatique ».

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Rencontre avec la poétesse Kiyémis pour son recueil « A nos humanités révoltées » le 14 avril 2018 à la Gryffe

Le collectif afroféministe Sawtche vous invite à rencontrer Kiyémis, qui a publié son premier recueil de poèmes intitulé « A nos humanités révoltées », aux Éditions métagraphes.
Comment allier littérature et révolte en tant que femme noire, comment les mots peuvent nous aider à nous affranchir de nos maux, comment le lien intergénérationnel et sororel fait sens au cœur de sa poésie, nous chercherons quelques réponses à ces questions au fil de la discussion avec Kiyémis.
Vous assisterez à une lecture orale de ses poèmes par des femmes qui ont souhaité se les approprier.

Lien de l’événement sur facebook

-Entrée libre

4ème de couverture « A nos humanités révoltées’, Editions Métagraphes
Disponible ici: https://www.editionsmetagraphes.fr/a-nos-humanites-revoltees

La nuit dans mon dos me pousse vers d’autres soleils.
Le sol ne donne plus de droit.
Je dois sauter devant.

Des vécus pluriels, des présences et des mémoires qui gravitent autour des vers, des voix sororales et décoloniales : c’est ce que Kiyémis fait exister avec engagement dans une poésie vibrante et imagée qui dit ses inspirations et ses luttes. Ses poèmes, qui donnent à saisir la force des mots autant que celle des êtres, sont afroféministes et ils résonnent en dessinant des perspectives ouvertes. Avec ce premier livre, Kiyémis revendique la nécessité de prendre la parole face aux systèmes d’oppression, de continuer d’écrire ce qui a trop souvent été tu et de faire entendre des luttes multiples, entremêlées, à l’intersection.

Femmage à une révolutionnaire : Nomzamo Winifred Zanyiwe Madikizela-Mandela

Winnie M

« Insoumise et Intrépide »

 

Une femme s’en est allée

Mais la flamme reste vive

Elle a tout donné

Pour que son peuple vive!

 

Une femme s’en est allée

Sacrifiée, Vilipendée,

Elle reste un pilier!

Face à la Blanche férocité

Elle n’a pas plié!

 

Une femme s’en est allée

Éternelle insoumise

Cette part d’Afrique inconquise!

 

Une femme s’en est allée

De cette lutte inachevée

Où Noir.e rime avec liberté

Nous avons hérité!

 

Une femme s’en est allée

Une étoile de plus va briller

Une boussole dans la mêlée

Une étincelle dans l’obscurité !

 

Une femme s’en est allée

Peu importe la rive

Aucune dérive

Sans faillir elle a lutté !

 

Une femme s’en est allée

Mais son rêve n’est pas brisé

Elle nous lègue ses visées

Nous ne nous laisserons pas abuser !

 

Une femme s’en est allée

Insoumise, Intrépide

D’elle, nous sommes héritières

D’elle, nous sommes fières

Pour notre sœur Marielle: le poing levé, le cœur serré

Marielle Franco, femme noire, lesbienne, enfant des favelas devenue conseillère municipale à Rio de Janeiro, a été assassinée le 14 mars 2018. Douze organisations noires des Etats-Unis et d’Europe rendent un hommage vibrant à ce visage du renouveau de la gauche brésilienne qui luttait contre les violences policières. (lettre publiée et traduite aussi ici)

 

Nous, organisations noires et afroféministes pour la libération noire basées en Amérique du Nord et en Europe, nous tenons debout, le cœur serré mais le poing levé pour notre sœur Marielle Franco.
Elle qui a dédié sa vie à la communauté Afro-brésilienne, et s’est battue pour la justice pour tou·te·s. Elle a habité ce monde, en portant les combats pour la libération noire, en politisant sa position de femme noire queer venant de classe populaire.

Marielle Franco nous rappelle que les femmes noires ont toujours été et continuent d’être en première ligne des luttes de nos communautés. Leur engagement à défendre, partout, nos communautés ne s’est jamais démenti.

Marielle Franco a vraisemblablement été assassinée en représailles de son engagement contre les violences policières (les balles qui l’ont tuée proviennent des stocks de la police), et alors même qu’elle rentrait d’un événement dédié à la valorisation des femmes afro-brésiliennes. Son combat mettait à jour l’hypocrisie du conte de fée publicitaire brésilien comme nation-métissage alors même que la négrophobie de ce pays conduit à ce que 80% des victimes de violences policières soient de jeunes noir·e·s* des favelas.

Comme c’est le cas dans de nombreux pays occidentaux dans des proportions différentes, la police au Brésil est une institution meurtrière et raciste qui n’assure pas la sûreté égale des citoyen·ne·s, il nous faut donc l’abolir! De Rio à Ferguson en passant par Beaumont-sur-Oise, Londres ou Madrid, la police protège en effet les intérêts de la suprématie blanche et du capital, en contrôlant, brutalisant et le cas échéant tuant.

Nous croyons à l’internationalisme des luttes noires. Nos combats convergent. C’est dans le cadre de cet internationalisme noir que nous travaillons à construire nos solidarités et des liens de sororité et de fraternité solides . En tant que personnes vivant dans le Nord Global et conscientes de nos responsabilités, nos organisations ont le devoir de penser le néo-colonialisme et l’impérialisme, en soutenant les luttes de nos sœurs et frères vivant dans le Sud Global. Surtout dans les luttes contre la négrophobie structurelle au niveau de leur propre État (Colombie, Mauritanie…) ou celles d’autres pays du Sud contre les personnes noires en situation de migration (Libye, Inde…)

Nous apportons un soutien sans réserve et notre affection à la famille, la compagne et la fille de Marielle Franco. Nous témoignons également notre solidarité politique et communautaire aux militant·e·s afro-brésilien·ne·s et à toute la communauté afro-brésilienne.

Marielle Franco, notre sœur, est une guerrière qui restera à jamais un modèle pour nos luttes et pour nos vies. Nous n’aurons de cesse de dire son nom et de faire résonner les voix des luttes de nos sœurs et frères d’Amérique du Sud.

Marielle Franco, Présente !

Les signataires :

Black Lives Matter, Allemagne (Berlin)

Afro-Consciencia, Espagne

Black Lives Matter Network, Etats-Unis

Mwanamke Collectif Afroféministe, Belgique

Afro-Fem Collectif, France

Collectif Cases Rebelles, France

Mwasi Collectif Afroféministe, France

Mouvement de Libération Afro, France

Sawtche Collectif Afroféministe, France

Black Lives Matter UK, Royaume-Uni

Collectif AfroSwiss, Suisse

Déclamation du collectif afroféministe Sawtche

Ce texte a été déclamé en ouverture de la Sisterhood Party#1 le 9 mars 2018.

Nous,  femmes noires et Afrodescendantes vivant à l’intersection de multiples oppressions en contexte occidental avons la responsabilité de perpétuer l’héritage des luttes de nos aînées! Elles n’ont eu de cesse de lutter pour la libération et l’autodétermination des populations noires aussi bien sur le continent africain que dans tous les espaces où est présente la diaspora afrodescendante.

Nos trajectoires migratoires, comme celle de Sawtche, ne sont pas des accidents de l’histoire, et les expériences douloureuses de minorisation qui en découlent souvent non plus! Cette situation est le résultat d’un système conçu pour nier notre humanité, notre liberté, notre dignité.

Conscientes de cette réalité,  nous combattons avec force et détermination, tous les discours et pratiques qui tendent à nous assigner à une place subalterne et à nous réduire au silence!  Nos voix comptent ! Elles résonnent ! Nous sommes expertes de nos vies, et légitimes pour en rendre compte! Nous refusons d’être réduites au statut d’objets d’étude, et assumons fièrement  le statut d’agentes politiques au service du changement !

Nos revendications sont claires : ni négrophobie, ni négrophilie; ni misogynoir, ni fétiches exotiques ; qui sont toutes les faces d’une même médaille. Nous refusons également d’être les chevilles ouvrières de la prédation capitaliste impérialiste et patriarcale qui se déploie ici et ailleurs.

Notre objectif : une société débarrassée de ces tares dans laquelle, le respect de chacun.e et de  tou.te.s, la solidarité et la justice sont des valeurs centrales.

Parce que nos expériences sont à la fois communes et singulières, cet objectif ne peut être atteint qu’en élaborant au préalable une communauté  politique plurielle et soudée! Ils s’agit alors de mettre en œuvre une sororité exigeante, qui vise non pas tant à dissoudre nos spécificités qu’à les faire dialoguer afin de nous enrichir et nous renforcer mutuellement.

C’est la raison pour laquelle tout en luttant contre l’articulation de diverses oppressions (négrophobie, islamophobie, transphobie, misogynoir, validisme, lesbophobie, grossophobie, etc.) Sawtche accorde une importance particulière à ce que ces luttes soient portées par les principales personnes concernées, au sein du collectif comme en dehors.  Nous refusons de confisquer la parole de celles-ci et de participer à leur invisibilisation.

Par nos luttes nous souhaitons réaffirmer la puissance de notre capacité d’agir !

La flamme qui nous anime dans la défense de nos droits, traverse l’histoire sans faillir et nous a été transmise par Sawtche, les soeurs Nardal, la coordination des femmes noires, le Mouvement pour la défense des femmes noires et bien d’autres. Nous la partageons sans faiblir avec nos soeurs (des collectifs  Mwasi, Mwananke, mais également, Amandine Gay, Rokhaya Diallo, Mrs Roots, Kiyemis, Many Chroniques…).

AFROFEMINISTES TANT QU’IL LE FAUDRA !

SISTERHOOD PARTY #1 le 9 mars 2018 au Rita Plage

A l’occasion de la Journée internationale de la lutte pour les droits des femmes, nous organisons le 9 mars 2018 notre première SISTERHOOD PARTY au Rita Plage (68 Cours Tolstoï, Villeurbanne). On vous y attend!

Le thème: PARLONS D’AFROFEMINISME ET DE L’EXPRESSION DES FEMMES NOIRES !

Entrée sur inscription via ce lien https://goo.gl/forms/vpfO17Jg2gQZci9X2
et prix libre sur place.

AU PROGRAMME

19h00 // Découverte de l’exposition des tableaux de l’artiste Annia avec la série « Je ne suis pas un déguisement »

19h15 // Déclamation officielle du collectif SAWTCHE

19h30 // Talk animé par le Collectif sur le thème de “L’afroféminisme et l’expression des femmes noires”
Avec les intervenantes :

KIYEMISLes Bavardages de Kiyémis auteure d’un recueil de poèmes et blogueuse afroféministe, qui nous parle des espaces d’expressions que sont les réseaux sociaux et la littérature

SIL – Slameuse, qui intervient sur son expérience au sein de collectifs artistiques entre femmes noires et de la production d’une compilation féministe en auto-gestion

ANNIAAnnia Drawing Artiste peintre, qui s’exprime à travers son art en contestation à la pratique du blackface

20h30 // Projection de scène coupée du documentaire Ouvrir La Voix/Speak Up réalisé par Amandine Gay

21h // Concert NEKA Groove

21h45 // Concert Marie-Goundo Traoré (acoustique)

22h // OPEN MIC sur le thème “Ouvrir la Voix” (slam, rap, performance). Infos et inscriptions ouvertes aux femmes noires et afrodescendantes par mail: sawtche@gmx.fr

Soirée à Prix libre en SOUTIEN
Ventes afro food végé
Stand du Collectif Sawtche.

Black Panther, grille de lecture afroféministe du film

Attention, cet article contient des spoilers du film Black Panther.

C’est le film événement en ce mois de l’Histoire des noirs, le dernier Marvel, blockbuster au service du cinéma hollywoodien, dont le super-héros, Black Panther, porte le nom du célèbre mouvement de libération des afro-américains dans la seconde moitié des années 60, le Black Panther Party. Avec toute la charge militante qu’un tel nom implique, il est impossible de ressortir d’une telle projection sans une analyse politique de ce film réalisé par Ryan Coogler qui était très attendu dans les communautés noires exposées à la culture de masse.

La guerre des représentations et l’esprit supportif des business noirs.

L’enthousiasme des communautés noires à l’égard de Black Panther, qui s’est manifesté sur les internets par les hashtag #wakandastyle et dans les salles obscures par l’expression d’un style vestimentaire afro (la sape), l’organisation de sorties groupées festives au cinéma ( à Lyon avec l’association SAPEE) et parfois  en non-mixité (à Paris avec le collectif afroféministe MWASI) avec des débats autour du film est sans précédent. Les chiffres du box-office le confirment. La machine MARVEL a provoqué un foisonnement créatif chez les artistes afro-descendants qui déferlent sur la toile avec de nombreuses illustrations et art pictural inspirés de l’univers de Wakanda. Quasiment à l’unanimité, on peut dire que c’est un film qui fait du bien à nos imaginaires affamés, mettant en scène le royaume de Wakanda qui est la matérialisation de l’excellence noire à son paroxysme: un pays africain riche et souverain en autarcie, caché de l’échiquier géopolitique externe, qui contrôle ses ressources et ses technologies de pointe (ici le vibranium) et auto-détermine ses propres politiques, au prix d’un nationalisme exacerbé (#wakandaforever). Autrement dit, Black Panther nous a donné à voir une esquisse de ce qui pourrait être, dans le monde réel, un paradis dans les mondes noirs avec des ressortissants africains qui jouissent de leurs propres ressources et élaborent leur propre gouvernance. Une brève vision utopique du rêve africain, qui n’avait encore jamais été donnée à voir dans le monde cinématographique hollywoodien qui, comme chacun sait, est garant d’une vision du monde impérialiste.

Le film Black Panther arrive à une époque où les diasporas, biberonnées aux stéréotypes racistes des noirs dans leurs manifestations les plus évidentes comme les plus sournoises, ont compris l’urgence de se réapproprier les représentations des afro-descendants pour aller vers une glorification des corps noirs, à défaut de se réapproprier entièrement la narration dont on nourrissait nulle révolution à l’égard d’un film mainstream tel qu’un Marvel.  On assiste à la propulsion sur le devant de la scène de l’actrice Lupita Nyong’o (depuis son oscarisation en tant que meilleure actrice dans un second rôle dans le film » Twelve Years a Slave » en 2014) qui joue dans Black Panther le personnage de Nakia, ainsi que l’actrice américano-zimbabwéenne Danai Gurira, révélée en 2012 par le personnage badass de Michonne dans la série télévisée « The Walking Dead » et qui incarne dans Black Panther la flamboyante Générale Okoye à la tête des Dora Milaje (l’élite de la garde royale du Wakanda) et redoutable guerrière qui rejette expressément les  dominantes normatives de la féminité symbolisées par une perruque aux cheveux lisses dans une scène déjà culte. Les représentations des femmes noires s’affranchissent enfin des normes coloristes hollywoodiennes à tendance « light skin ». Il s’agit de faire honneur à des canons de beauté « dark skin » plus proches d’une africanité revendiquée, cohérente avec l’esprit du film. C’est officiel, Black Panther est moins un film de super héros noir qu’un film de super-héroïnes noires. Quatre rôles féminins crèvent l’écran, tous dépositaires du pouvoir dans les différentes instances de Wakanda (il y a Okoye précédemment citée, Shuri, la sœur du roi T’Challa incarnée par l’actrice Letitia Wright, dont le personnage est la responsable innovante du pôle technologique du Royaume remettant en cause certaines traditions qu’elle juge désuètes, la mère Ramonda incarnée par l’actrice Angela Bassett digne et protectrice dans son rôle de Reine endeuillée et le personnage de la guerrière et agente de terrain infiltrée Nakia dont le positionnement politique en faveur d’une gouvernance interventionniste du Royaume wakandais aurait mérité d’être approfondi de manière plus affirmée hors d’un cadre romantique). Le casting féminin du film s’équilibre plutôt bien, avec un scénario éloigné du stéréotype habituel de la femme noire hyper-sexualisée. Même si le potentiel queer du film a été finalement édulcoré, les représentations des femmes y sont résolument positives. Cependant, ces représentations féminines ne s’affranchissent nullement des féminicides et violences perpétrées à l’encontre des femmes par le personnage d’Erik Killmonger, meurtrier en puissance qui n’hésite pas à exécuter sa petite amie pour liquider un ennemi blanc (ou comment les militants noirs sacrifient sans scrupule la femme noire dans leur lutte contre l’impérialisme) et enchaîne sur le meurtre d’une Dora Milaje et la tentative de meurtre de Nakia et de Shuri. Erik Killmonger se révèle donc être le représentant type du patriarcat afro, trouvant sans peine une alliance avec un de ses pairs (le personnage de W’Kabi).

Visuellement, la richesse des costumes minutieusement conçus avec swag, dans un effort de recherche mêlant afrofuturisme et cultures africaines a trouvé écho dans la guerre des représentations à laquelle se livrent les afro-conscients et afrocentristes matérialistes et qui passe par l’aspect économique de la lutte contre le néo-colonialisme. On oublie pas que le nerf de la guerre pour l’empuissancement des diasporas noires réside dans la solidarité économique intra-communautaire, et il y a là une opportunité à saisir pour tout entrepreneur afro. L’événement Black Panther, avant tout un divertissement grand-public, doit être vecteur de vitalité pour le mouvement « support black business », qui émerge timidement en France où les consommateurs.trices noir.e.s sont encore peu sensibilisé.e.s au boycott des marques aux politiques racistes et ont difficilement accès aux offres « black owned » existantes.

Quelles stratégies solidaires privilégier face aux « colonizer »?

L’anti-héros du film, incarné par le personnage Erik Killmonger, rival de T’Challa, est en fait le prétendant surprise au trône de Black Panther et présenté de but en blanc comme « radicalisé ». Ce personnage central joué par le charismatique Michael B. Jordan qui concentre toute l’intrigue tragique du film et dont la destinée symbolise la condition des afro-descendants déportés par les colons, présente l’avantage de cristalliser toutes les colères légitimes, humiliations et injustices raciales subies, faisant pencher le spectateur afro-descendant vers une inévitable fascination empathique à son égard. Rappelant lucidement le cas des trésors béninois et ashanti volés par les blancs lors des conquêtes coloniales, scarifiant sa chair en mémoire de ses propres actes sanguinaires perpétrés au cours de sa trajectoire au cœur de complots militaro-politiques, anesthésié au plus profond de son chagrin face à son père mort dans un mécanisme de survie qui n’est pas sans rappeler les séquelles psychiques que vivent les enfants soldats emportés par la violence, Erik Killmonger incarne le chaos, « un monstre » qui est le pur produit d’un ordre mondial impérialiste. Au fond, ce qui détermine son statut de méchant plutôt que de gentil, c’est le réservoir affectif totalement vide dont il a hérité, orphelin coupé de ses racines sans perspective de justice, avec pour seul avenir une haine incendiaire qui le conduira jusqu’à brutaliser une ancienne gardienne de la médecine traditionnelle wakandaise et à mettre le feu au patrimoine ancestral. Dans la prolongation d’une tentative originelle de mettre en opposition grossière deux postures militantes inspirées de deux grandes figures des luttes pour les droits civiques des années 60 que sont Malcom X et Martin Luther King, contemporains à la création du comics Black Panther imaginé par le progressiste Stan Lee, la rivalité entre T’Challa, l’héritier légitime du trône de Wakanda et de sa politique protectionniste et Erik Killmonger, l’enfant abandonné des siens et livré à lui-même dans les ghettos afro-américains qui réclame vengeance pour les communautés noires, cette rivalité scénarisée dans le film par Ryan Coogler met plutôt en évidence des questionnements propres aux jeunes générations. Comment, malgré le fossé culturel et les privilèges distincts, créer des ponts entre les jeunes africains désireux avant tout de vivre dans des états souverains et de jouir des ressources de leur pays et les jeunes afro-descendants des diasporas afro américaines, afro-caribéennes et afropéennes, en lutte avec le racisme systémique dans un environnement où ils sont souvent minoritaires mais imprégnés de la culture dominante?

Il semblerait que la réponse soit éducationnelle, car de toute évidence, l’exemple fictif d’Erik Killmonger démontre que sans support affectif ni encadrement bienveillant, un enfant afro-descendant qui grandit dans le déracinement, avec un sentiment de rejet des deux cultures au sein desquelles il est pris en étau sera privé du privilège qu’est le sentiment d’appartenance, préalable à tout état de bonheur. Hors, s’il est possible d’appartenir à plusieurs communautés, cercles ou catégories de personnes, lorsque tout sentiment d’appartenance devient étranger, le sujet se place alors en dehors de l’humanité. La stratégie solidaire à adopter entre communautés noires doit absolument reposer sur le socle de l’éducation pour transmettre une histoire commune et amorcer la construction politique d’une union panafricaniste contre l’impérialisme. Il ne serait question ni d’actions humanitaires basées sur une tutelle des privilégié.e.s sur les dominé.e.s et de collaboration avec les représentants de l’ordre impérialiste comme le suggère T’Challa à la toute fin, ni d’aveugles débauches armées sanguinaires chéries par Killmonger, mais bien, comme le personnage de Nakia qui renonce au statut de reine et préfère l’activisme de terrain, de faire vœux de renoncer à certains privilèges constitutifs d’une caste élitiste africaine pour devenir un.e allié.e et se mettre à la disposition des personnes concernées qui s’organisent déjà en lutte.


Texte écrit par Elsa Rakoto.

BlackPanther-Women

Projection du film « Mariannes Noires » en présence de la réalisatrice Mame-Fatou Niang

Le 8 janvier 2018, nous animions la rencontre avec Mame-Fatou Niang, la réalisatrice du film documentaire « Mariannes Noires ». A travers un dialogue avec 7 femmes noires et françaises, Mame-Fatou Niang questionne notre francité, nos multiples identités. De la confrontation avec le racisme à la représentation des femmes noires en France, la rencontre cinématographique avec Aline Tacite, Fati Niang, Elisabeth Ndala, Alice Diop, Maboula Soumahoro, Bintou Dembele et Isabelle Boni-Claverie est jalonnée de questionnements propres à l’afrofrancisme, cet état précarisé d’une citoyenneté constamment remise en question dans la société française réfractaire à être inclusive envers les carnations foncées.

« Mariannes Noires » met en avant en toute dignité des femmes noires dont les réflexions, actions et succès sont trop souvent invisibilisés. Malgré la violence du racisme, il ressort du film un constat politique: la revendication d’une francité afro, pensée de manière complexe et indubitablement diverse, douloureuse mais inaltérable quoiqu’en dise la République indivisible.

En tant que collectif afroféministe, nous participons à rendre visible et à diffuser le travail de femmes noires, car nous savons que la représentation est importante et que la lutte réside aussi dans la réappropriation des discours sur nos histoires, nos corps et nos espoirs.

Merci à Mame Fatou Niang et au Cinéma Bellecombe pour cette projection.

Vous trouverez plus bas un extrait en vidéo du débat avec Mame-Fatou Niang.

https://www.facebook.com/plugins/video.php?href=https%3A%2F%2Fwww.facebook.com%2Fsawtcheafrofem%2Fvideos%2F744933865704549%2F&show_text=0&width=267

Pour la fin des pratiques esclavagistes négrophobes en Libye et la fin de la traite humaine.

Nous, Sawtche, collectif afroféministe composé de femmes afro-descendantes, nous nous joignons aujourd’hui à toutes les diasporas afro-descendantes et afro-caribéennes pour dire STOP . Nous constatons avec un effroi sans cesse renouveler la barbarie que retranscrivent les images et témoignages de jeunes africaines et africains,  qui ont vécu et continuent de vivre l’enfer de l’esclavage au XXIe siècle. Vendu·es au plus offrant, torturé·es, violé·es, animalisé·es, ces femmes et ces hommes ont été privé·es de toute dignité humaine et du respect de leurs droits fondamentaux. Soeurs et frères issu·es du Berceau de l’humanité, nous sommes avec vous! NOUS SOMMES L’HUMANITÉ !

Nous sommes révoltés par :

  • La faillite des gouvernants africains à prendre en charge leur jeunesse, ses aspirations, son potentiel, alors même que l’Afrique possède la population la plus jeune au monde.
  • L’immense gâchis de voir ses jeunes, ses femmes, ses enfants, se retrouver dans les pièges des passeurs sans scrupules et négrophobes.
  • L’immense gâchis que c’est pour les pays africains de perdre des ressources humaines jeunes, dynamiques et créatives, qui finissent exploitées, parce dévalorisées.

Allons-nous encore regarder longtemps leurs corps noyés dans les eaux de la Méditerranée s’échouer sur les plages des pays des rives de la méditérannée du “Nord”, comme du “Sud” ? NON ! Nous disons STOP!

Il nous revient, comme aux générations militantes précédentes, de construire notre avenir, en valorisant, nos initiatives propres, en relayant les voix qui s’élèvent avec courage depuis les pays africains, en construisant des ponts entre nous, afin de relever ensemble, les défis que le monde nous pose. Car Oui, en tant que diaspora, nous sommes solidaires de la jeunesse africaine vivant sur le continent !

Le système capitaliste dès son origine s’articule à la Négrophobie, dont les modalités d’expression variées structurent aussi bien l’espace occidental, que le “monde arabe”. C’est ce qu’illustrent la perpétuation d’actes barbares tels que l’esclavage!

L’esclavage des noir.e.s en Libye n’est donc pas un phénomène isolé ! Il s’inscrit dans un système ! C’est la raison pour laquelle :

Nous apportons notre soutien aux mouvements de luttes anti-esclavagistes en Mauritanie et aux militants de l’IRA (initiative pour le résurgence du mouvement abolitionniste) aujourd’hui emprisonnés ( ex: Moussa Biram) ou en exil ( ex : Biram Dah Abeid) à cause de leur digne combat.

Nous dénonçons également, la mise en esclavage des noir.e.s par les multinationales ! Celle qui abuse de plus de 40000 enfants de 3 à 17 ans (chiffres de l’UNICEF en 2014) dans le secteur minier en RDC, afin de satisfaire nos envies de smartphones.

Celle qui condamne des enfants à être exploités dans des plantations de cacao en Côte d’Ivoire,pour la fabrication de nos chocolats !

Nous disons STOP ! Nous nous opposons avec Force et Détermination, au trafic d’êtres humains, parce que noir.e.s, et à ses conséquences : la mise en esclavage qui s’exprime par la contrainte au travail, mais également par des violences sexuelles principalement subies par les femmes!

Le collectif afroféministe Sawtche

Ouvrir la Voix : RDV le 12/10 pour un ciné-débat en présence d’Amandine Gay, Kiyémis et Sawtche collectif afro-féministe

Après des semaines de mobilisation, nous y sommes ! Le film Ouvrir la Voix sera enfin projeté à Lyon, ce jeudi 12 octobre, à 20 heures, au cinéma Le Zola (Villeurbanne). La projection sera suivie d’un débat animé par le collectif Sawtche, en présence de la réalisatrice Amandine Gay et de la blogueuse afro-féministe Kiyémis.

Ouvrir la Voix, en bref

Ouvrir la Voix est un documentaire qui laisse la parole aux femmes noires afro-descendantes, vivant en France et en Belgique. Il aborde la question des clichés et des discriminations spécifiquement liées à notre identité de FEMME + NOIRE et souligne la nécessité de nous ré-approprier la narration.

À travers les témoignages de ses protagonistes, le film tente “d’expliquer pourquoi l’effacement des discriminations subies par les femmes noires en France et en Belgique est aussi problématique que politique.”(…) “ ‘Ouvrir La Voix’ est ma façon de célébrer l’histoire de la résistance des femmes noires, qui depuis le marronnage, en passant par la créolité, le panafricanisme, la négritude et l’afro-féminisme, ont toujours inventé des outils leur permettant de ne pas être réduites au silence. Ce film est pour celles qui se sont battues avant nous et un témoignage pour celles qui viendront après nous. », affirme la réalisatrice.

De la nécessité de mettre en place une sororité politique

Le film sera suivi d’un débat centré sur le thème de la sororité politique. Dans quelles mesures peut-on mettre en place une forme de solidarité entre femmes noires afin de servir nos intérêts politiques ? Comment unir nos voix et faire front ensemble en intégrant nos divergences et la pluralité de nos parcours ?

Pour nous aider à répondre à ces questions, Amandine Gay, la réalisatrice du film, et Kiyémis du blog Les bavardages de Kiyémis, seront de la partie. Evidemment, vous serez également invités à poser vos questions en fin d’intervention pour alimenter le débat !

Pour celles et ceux qui ne pourront être des nôtres ce jeudi, sachez que Ouvrir la Voix sera également projeté au cinéma Le Zola aux jours et aux horaires suivants :

  • Mercredi 11/10 à 14h et 18h30 ;
    Vendredi 13/10 à 16h15 ;
    Samedi 14/10 à 18h30 ;
    Dimanche 15/10 à 19h30.

Et dans le cadre de Novembre Libertaire, le film sera aussi diffusé au cinéma Opéra (Lyon 1er) le 25 octobre, et Amandine Gay sera présente pour échanger avec le public.

On vous attend nombreu.ses.x.

Infos pratiques
Ciné-débat autour du film Ouvrir la Voix animé par Sawtche collectif afroféministe, en présence d’Amandine Gay et Kiyémis.
Le Zola. 117 Cours Emile Zola, 69100 Villeurbanne. Métro ligne A, station République-Villeurbanne. Infos & Résas : 04 78 93 42 65.
Voir l’événement Facebook

 

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